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 "Sand's Wombat"

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MessageSujet: "Sand's Wombat"   Jeu 3 Mai - 20:56

Erik Pierce poussa distraitement la porte du café d’une main, un livre ouvert dans l’autre. Sans même interrompre un seul instant sa lecture, visiblement passionnante, il se dirigea vers une table situe près d’une des larges fenêtres du petit restoroute, comme mu par une habitude bien ancrée. S’asseyant tranquillement, il se contorsionna afin d’enlever sa veste, changeant son livre de main, et la posa à côté de lui sur la banquette d’un noir passé. Non vraiment, il ne pouvait décemment pas fermer son bouquin avant d’avoir terminer ce chapitre, dont les dernières lignes s’annonçaient passionnantes.

-Déca aujourd’hui, Maggie
, dit-il en tournant une nouvelle page, les yeux fixés sur les caractères qui se dévoilaient à eux.
Maggie Simms, serveuse au « Sand’s Wombat » depuis huit ans, roula des yeux en souriant.
-Un de ces jours il faudra que tu me dises comment tu fais pour savoir que je suis derrière toi pour prendre ta commande alors que tu n’as même pas daigné jeter un œil hors de ton bouquin. Et pour le reste, c’est comme d’habitude ?
-Hon hon. Ce qui équivalait le plus souvent chez Erik Pierce à une réponse affirmative. Ah, et prends lui l’habituel aussi. Elle ne va pas tarder.
Levant comiquement les yeux aux ciels devant le laconisme de son client, la blonde et frisée serveuse au tablier qui avait un jour été orangé (du moins avant que les couleurs ne se soient offertes des vacances au soleil il y a bien longtemps) s’en retourna dans l’arrière cuisine.
Pierce détourna un instant le regard de son livre, et jeta un œil amusé à celle qui lui servait son déca pratiquement tous les jours ici depuis plusieurs longues années.

Agé d’à peine vingt ans, Erik Pierce était ce qu’on pouvait appeler un « eau jeune homme ». Assez grand, bien entretenu, il avait une stature honorable et un physique des plus agréables. Replongeant dans sa lecture, il se passa une main distraite dans ses cheveux d’un blond paille ébouriffés qui lui donnaient un charme bien à lui. A l’abri derrière une fine paire de lunettes cerclées d’argent, ses yeux d’un bleu profond, comme deux saphirs, luisaient d’une lumière vive pétillante d’intelligence quand ils n’étaient pas occupés par une lecture intensive (ce qui était, ma fois, souvent le cas). Son visage concentré, aux traits solides sans être grossiers, était mangé par une barbe de trois jours qui paraissait soigneusement entretenue. Mais il n’en était rien ; tout chez Erik respirait la décontraction et le calme naturel, et un quelconque relâchement de son physique finissait par apparaître aussi naturel et ordonné que si trois coiffeurs y avaient passé tout leur après-midi. Il était comme ça, Erik : l’image de l’intellectuel dont le physique faisait tout pour être au même niveau que son esprit sans qu’il n’ait à faire le moindre effort particulier pour cela.
Outre sa veste en jeans qu’il avait négligemment posé à côté de lui, Pierce portait une chemise d’un vert pâle dont le mauvais goût aurait poussé des hauts cris flagrants chez n’importe qui d’autre. Sur Erik, pareil vêtement paraissait si naturel que personne n’entendait plus les cris dudit mauvais goût, qui finissait par aller se cacher piteusement au fond d’une poche de pantalons, la queue entre les jambes. Pour compléter le tableau : jeans bleus et une paire de vieille baskets de marque noires.
Maggie réapparut rapidement, déposant de son plateau une tasse de décaféiné fumant devant Erik, accompagné d’une tranche de cheesecake de hier (le meilleur, selon Erik). Elle y ajouta à tout ça une tasse de thé encire chaud, qu’elle disposa en face du breuvage du garçon. Elle termina le service en y adjoignant un énorme muffin maison truffé de grosses pépites de chocolat. Le chocolat… Encore une chose qui devenait un luxe par ici ; ce pourquoi Maggie le gardait pour les meilleurs clients.

-N’oublie pas la note ! Elle accompagna la réplique rituelle d’un clin d’œil. Erik hocha la tête :
-J’oublierai peut-être le pourboire Maggie! Et c’est sur cette réponse tout aussi rituelle que la serveuse repartit slalomer entre les rares clients de ce mardi soir, amusée.

Lorsque le rugissement de moteur, depuis peu familier, parvint aux oreilles d’Erik, le jeune homme ne se donna même pas la peine de regarder par la fenêtre afin de voir si c’était bien elle. Il le savait déjà. Alors que la porte du bistrot s’ouvrait avec le petit « gling » habituel, Pierce finit enfin son chapitre et, marquant soigneusement sa page à l’aide d’un coin délicatement plié, il abaissa son bouquin pour se retrouver nez à nez avec la jeune femme qui avait pris place en face de lui.
-Tu es en retard. Ce n’était pas un reproche, pas dans la bouche d’Erik ; plutôt une constatation faussement agacée. A vrai dire, ses yeux souriaient déjà derrière ses lunettes tandis qu’il rangeait le livre dans le sac à dos en patchwork foncé qu’il avait calé sur sa veste.
-he hais, répondit Hailey Summer Daniels du tac au tac, une gorgée de thé chaud lui brûlant la langue. Bon hang Erik ! T’auhais pu hettre de la hème !
Un sourire sur les lèvres cette fois-ci, le jeune homme ouvrit le petit godet de crème à café qui reposait sur une soucoupe brunie et le versa doucement dans le breuvage de sa compagne.
-J’aurais pu, mais je lisais un chapitre passionnant.
Hailey le foudroya brièvement du regard, soupira et, portant à nouveau la tasse à ses lèvres (non sans avoir cette fois-ci soufflé sur le bouillant liquide au préalable), finit par sourire elle aussi.
-Santé mon grand !
-Santé. Erik leva sa tasse de déca et en but une gorgée, fermant les yeux pour mieux profiter du breuvage qui réchauffait a gorge.
-Comme je l’aime. Maggie t’as mis un muffin.
-Chai vu, merchi Mag ! Hailey, de la brioche plein la bouche, agitait joyeusement la main à l’adresse de Maggie, qui servait un client deux rangées plus loin. Répondant gaiement au salut de la jeune femme, la serveuse lui lança un clin d’œil avant de reprendre sont travail, rappelée à l’ordre par un gros bonhomme qui n’aimait pas la mousse dans son cappuccino.
-Tu as parlé à ton père ?
Hailey détourna la tête et reporta son attention sur Pierce.
-Je viens de la maison. Il l’a bien pris, mais tu connais papa. Quant à maman...

Erik confirma d’un hochement de tête ; il fréquentait les Daniels depuis, quoi, quatre ans ?
Depuis qu’il l’avait aperçue elle, Hailey Daniels, déambuler d’un pas décidé dans les couloirs de l’école privée qu’ils avaient tous les deux connue. L’homme était tout de suite tombé sous le charme de la jeune fille d’alors ; il en avait connues d’autres, et ce n’était pas son premier flirt, mais cette élève là l’avait tout de suite subjugué de son regard gris vert lorsqu’elle lui avait demandé ce jour là « si il pouvait se tirer de son chemin avant qu’elle ne le noie dans la fontaine à eau ». Et était arrivé ce qui arrivait la plupart du temps après une telle rencontre : ils étaient rapidement sortis ensemble, et le flirt du début s’était vite muer en une histoire d’amour jalonnée d’embûches. Il faut dire qu’aussi intelligents l’un que l’autres, ils ne cessaient de se chamailler, profitant du premier sujet qui passait à leur portée. Et lorsque Hailey avait avoué vouloir partir, se défaire de cette vie d’élève surdouée qui commençait sérieusement à l’ennuyer, ils avaient d’un commun accord mis fin à leur relation de couple. A vrai dire, ils en étaient rapidement arrivés à la conclusions qu’ils étaient bien meilleurs amis qu’amants.
Mais voilà, à peine Erik s’était-il habitué à cet état de faits que la fille qui le comprenait le mieux annonçait son départ. Bon, cela n’avait pas surpris Pierce le moins du monde ; il était surtout surpris qu’Hailey ne se soit pas décidée plus tôt. Quant à la retenir, il n’avait même pas tenter d’essayer : inutile de s’échiner à faire changer d’avis une fille chez qui l’obstination faisait passer le plus orgueilleux des félins pour un vulgaire cabot sans fierté.
A la place, Erik avait appuyé Hailey dans sa démarche et ils avaient passé de longues heures,penchés sur des cartes,à organiser le début du voyage de la jeune australienne.
Mais malgré tout ça, malgré leur amitié et le respect qu’ils avaient l’un pour l’autre, Erik avait la furieuse envie d’intimer à Hailey de rester, de ne pas abandonner ses parents, de ne pas abandonner ses études, de ne pas abandonner la ville brillante qui s’offrait à elle.
De ne pas l’abandonner, lui.
Il avait envie de la serrer dans ses bras, de la garder avec lui, dans ce restauroute miteux où ils avaient passé leur jeunesse. De commander un nouveau déca pour lui, un nouveau thé pour elle et de rester ici toute la nuit, pour se chamailler et débattre de grands sujets, comme autrefois. C’était sa meilleur amie bon sang, et il ne se voyait pas passer une journée sans leur prise de bec quotidienne (au moins).

-A quoi tu penses ? La question, question qu’ils se posaient souvent l’un à l’autre, le tira de sa rêverie. Hailey le fixait de ses yeux gris vert, intriguée.
Il lui rendit son regard, camouflant son incertitude ; il n’avait pas envie de la voir partir.

-A rien, finit-il par dire. A rien. Il leva à nouveau sa tasse. Seulement à la folle équipée d’une fille qui ferait bien de se dépêcher si elle ne veut pas finir par louper son avion !
Et il sourit.

Au « Sand’s Wombat », un petit restaurant au bord d’une route poussiéreuse d’Australie, deux amis buvaient à un nouveau départ ; pour l’un, comme pour l’autre.
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