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 L'homme, le koala et le lézard séché

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MessageSujet: L'homme, le koala et le lézard séché   Lun 7 Mai - 0:16

Hailey Summer Daniels finit par se dire que, non, s’être engagée sur cette route sans réfléchir n’était pas une bonne idée. Enfin, si on pouvait parler de route ; en réalité, il s’agissait plus d’un pan de territoire sauvage et indomptable qui se faisait grossièrement passer pour ce qu’il n’était pas : une voie de circulation moderne et, surtout, plate. Un peu comme si Hulk Hogan avait voulu faire illusion dans un corps de ballet classique. Parce qu’entre les cailloux de la taille d’un œuf d’autruche, les cailloux pointus, les cailloux acérés et les cailloux qui se faisaient passer pour d’innocents gravillons inoffensifs pour mieux vous faire cahoter, la fidèle moto de Hailey, « Tornado », ne savait plus où donner de la roue.
Et comme si cela ne suffisait pas, entre deux cailloux se cachait une ornière, sournoise et vicieuse comme un prof de philosophie le lundi matin. Mais c’était sans compter toutes les bestioles de cette partie du bush australien, que les promoteurs de la prétendue « route » avaient dû oublier de prévenir de l’avancée de la glorieuse civilisation dans leur ancestral territoire plein de nature sauvage et fougueuse. Et imprévisible : Hailey avait déjà dû éviter en catastrophe un couple de kangourous étonnés, un dingo esseulé et un koala qui traversait gentiment la route en quête de l’arbre à eucalyptus qui se trouvait comme de juste de l’autre côté de ce que les derniers panneaux de circulation aperçus par Hailey avaient le mauvais goût de nommer « voie ».
Mais bon, si on mettait de côté la frayeur causée chez nos sympathiques marsupiaux et autres représentants du règne animal, Hailey avait évité tout accident notable. Bon, elle avait crevé une heure auparavant et avait usé de sa roue de secours, qu’elle trimbalait attachée derrière le gros sac de voyage qui trônait apathiquement sur le porte-bagages de la rugissante (et cahotante) moto. Et oui, elle avait dérapé par trois fois dans le bas côté. Enfin, des détails… Elle était toujours en train de rouler, et elle ne s’était pas encore fracturée un os dans la poussière environnante (parce que le bush australien, mine de rien, c’est poussiéreux).

Par contre, elle n’avait pas prévu le piège grossier que la nature rocailleuse du terrain lui avait tendu : l’ornière qu’elle avait bravement décidé de passer sans s’en soucier cachait en son sein dépravé un infâme caillou aussi inattendu que mal placé. Et, selon une loi scénaristique maintes fois démontrée, ce qui devait arriver arriva.

L’accident fut dans son ensemble relativement impressionnant, du moins pour les trois wombats qui marquaient leur territoire dans le coin, visiblement peu accoutumés à pareil spectacle. La moto buta donc sur le traître rocheux planqué au fond de son trou de vilénie, et « Tornado » vit ses roues quitter l’une après l’autre le plancher des vaches (enfin, des kangourous), et l’engin, étincelant dans le soleil couchant d’un début de soirée australien, se permit un étonnant vol plané de quelques bons mètres avant de se lancer dans une courbe descendant des plus gracieuse, la gravité reprenant de facto son bon droit. Dans un nuage de gravats et de poussière, « Tornado » s’écrasa dans le décor avant de glisser dans la nature sur une distance dès plus raisonnable qui n’aurait pas dépareillé dans un film d’action à moyen budget.

Sans passagère. La passagère, étant plus légère que sa ferrailleuse monture, n’avait toujours pas fini de fendre l’air en jurant sourdement derrière la visière encore fermée de son casque. Elle agitait les bras follement, comme un dindon catapulté en plein vol essayant vainement de retrouver le ciel de ses ancêtres, et voyait le sol se rapprocher de plus en plus, à une vitesse qu’on pouvait raisonnablement qualifier d’inquiétante. Or, malgré le ridicule de ses bras battant le vent, Hailey commença é ralentir dans sa chute ; en effet, si l’on regardait attentivement, on voyait l’air se rassembler autour des bras et des jambes de la jeune femme, comme si les particules d’air avaient décider de tourbillonner autour de l’australienne pour la revêtir d’une seconde peau venteuse aux allures de micro tornade. De quoi ralentir la chute, et fort heureusement amortir la réception d’Hailey dans les buissons du grand bush. Son cri de douleur étouffé par son casque, la jeune femme roula dans la poussière sur plusieurs mètres, sa veste de cuir et le vent qui l’encerclait atténuant les secousses et soulevant le sable en fins nuages tourbillonnants. Lorsque le corps d’Hailey finit par s’arrêter, enchevêtrée dans les buissons (encore eux !), le vent finit par se dissiper aussi soudainement qu’il était venu. Plus sonnée qu’autre chose, Hailey se redressa à demi, jetant un coup d’œil circulaire au décor.

« Et merde… » Hailey s’écroula, le casque dans le sable.


• • •

Lorsque la lueur rougeoyante du soleil couchant finit par englober le semi-désert du grand bush australien, Hailey finit par reprendre doucement connaissance, la bouche sèche et la nausée lui montant à la gorge. Relevant la visière de son casque cabossé, elle se redressa sur ses coudes et, ses yeux roulant dans leurs orbites sous l’effort, faillit s’abandonner une fois de plus aux bras attirants (et musclés) de l’inconscience. Bon, Tornado » n’était pas loin, mais son sac avait été éventré, sans doute dégarni de ses provisions par un ou deux dingos dégourdis. Quant aux trois ou quatre types qui se tenaient debout à côté du quatre-quatre, Hailey les tint d’abord pour une vision due au choc ; lorsque le plus grand des hommes, une sorte de Crocodile Dundee du pauvre, bedonnant et mâchouillant on ne savait quoi sans grand conviction, vint secouer le corps étendu de la jeune femme d’une botte aussi sale qu’ancestrale.

« Hey, on dirait qu’la p’tite dame est réveillée, har har har ! » Stimulés par le ricanement lubrique de ce qui semblait leur servir de chef, ses comparses se fendirent de la plus belle parodie de sourires mauvais et grimaçants qu’Hailey n’aurait jamais cru voir même dans le plus nanar des films de série b.
Crachant une substance non-identifiée qu’Hailey soupçonnait être vaguement corrosive, le lascar remonta virilement ses pantalons tâchés de cambouis et se gratta le bas-ventre d’un air grassement satisfait. Sous son chapeau fripé en vrai faux cuir d’alligator, le type fixait Hailey de ses petits yeux porcin, regardant au-dessus d’une paire de ray ban plus toutes jeunes. Puis, se frottant sa barbe de trois jour savamment mal entretenue dans un effroyable bruit de papier de verre constipé, il s’agenouilla, plaçant son visage à quelques centimètres seulement de celui de la jeune mutante.

« Alors ma jolie, on a voulu jouer les cascadeuses ? On a cru pouvoir survivre toute seule dans le désert ? Mais mademoiselle n’est pas une vraie fille du désert rompue à toutes les situations, pas vrai les gars ? » Autre concert de ricanement gras vaguement accordés agrémenté d’un rictus joyeusement paillard ici et là.

Si Hailey n’avait pas eu la gorge aussi sèche, elle lui aurait bien craché dans la figure.

« Allez, j’crois qu’on va pouvoir s’amuser un peu les gars. Quand elle hurlera, même les coyotes croiront entendre le rugissement d’un chien de l’enfer. Har har har. »
ajouta-t-il à la va-vite, comme s’il se souvenait d’un texte de circonstances. Pour faire bonne mesure, le fier bandit de grand chemin crut bon d’agiter sous le nez d’Hailey un gros couteau dentelé digne d’un plongeur équipé au marché aux puces de l’armement. Ce qui inquiétait Hailey, c’était d’ailleurs plus la rouille qui suintait littéralement du métal que le tranchant de la lame. Quant aux rutilants sbires du sinistre malfrat rigolard, ils jouaient d’une manière qu’ils jugeaient nonchalante avec toute une batterie d’ustensiles dont le côté bactériologique représentait un danger bien plus imminent que le plus coupant des pèle-patates.

Et, au moment où « Fat Cassidy » allait saisir d’une de ses grosses mains calleuses le casque de l’infortunée mutante, un cri horrible déchira le silence du désert, se répercutant entre les rochers et vrillant les tympans du gang des joyeux vrais fils du désert. Qui, terrorisés, lâchèrent couteaux et pétoires antidéluviennes avant de s’engouffrer dans leur véhicule qui en tarda pas à démarrer en une trombe paniquée.
Pas plus rassurée par le cri qui se répétait, comme assorti d’un curieux écho distordant et qui ressemblait au brame d’un cerf en rut qui se serait coincé une corne dans un mixer, Hailey se mit à ramper dans la poussière, incertaine de la conduite à suivre.
Puis il apparut, marchant tranquillement dans le sable et les gravillons, emmitouflé dans un épais manteau brun. Il s’agissait d’un homme, du moins Hailey l’espérait-elle, plutôt d’une grande taille, le visage dissimulé dans l’ombre d’une épaisse capuche. Pas pressé, Hailey aurait pu jurer l’entendre siffloter tandis qu’il regardait tranquillement les dégâts. Enfin, il s’arrêta près de la jeune femme et, sans se départir de sa nonchalante attitude, il s’assit sur un rocher après l’avoir consciencieusement épousseté de ses larges manches. Puis, avançant la main, il posa deux doigts étonnement frais sur le front de la jeune femme, qui s’était entre temps retournée sur le dos.

« Et bien, on dirait que je suis arrivé à temps. J’allais ramasser des feuilles d’eucalyptus pour Kilkoo. »
Sur ces mots, une petite tête duveteuse couverte de fourrure grise émergea du manteau et, jugeant qu’Hailey ne représentait pas le moindre intérêt culinaire, replongea dans les plis de l’épais vêtement. « Alors qu’avons-nous là, sauvée des brigands… Oh, une jeune fille ! »

« Que…comment ? » parvint à articuler la mutante, desséchée par la soif.

« Comment ? Disons que le cri du koala en rut, dûment écouté et une fois amplifié par mes soins, devient un repoussoir extrêmement virulent auprès des oreilles même les moins délicate. Quant à votre question suivante, que j’imagine être « qui êtes-vous » ou quelque chose de ce genre là… » Le mystérieux personnage baissa sa capuche, révélant un visage si commun qu’Hailey fut incapable d’y déceler le moindre signe distinctif, si ce n’étaient deux yeux bleus d’une clarté limpide presque dérangeante et quelques rides discrets qui témoignaient à peine de l’âge indéfinissable que présentait l’homme, dont les cheveux gris filasses flottaient dans la brise. Il éclaira son visage d’un sourire chaleureux, et aida Hailey à s’asseoir, l’adossant contre un énième rocher.
« ...je me nomme moi-même Materio. Ravi de vous rencontrer ; le destin, tout ça… Mais je suppose que vous devez mourir de soif. » L’homme porta une outre d’eau aux lèvres d’Hailey, qui en but avidement une bonne partie du contenu avant de reprendre son souffle. Intriguée par le curieux bonhomme, elle l’observa et, le jugeant inoffensif, elle lui sourit en retour.
« Merci… »

« Ce fut un plaisir, miss Daniels. Et oui, je connais votre nom, ne vous inquiétez pas je fais ça tout le temps. Du calme Kilkoo ! » Agité, le petit koala gigotait sous le manteau. Materio s’excusa avec un nouveau sourire. « Il commence à avoir faim… Il patientera. Heureusement que je vous ai trouvée à temps ; si ces loubards avaient réalisé que vous étiez une mutante, je ne donnerais pas cher de votre peau l’heure qu’il est. Et oui miss Daniels, vous disposez de ce fameux potentiel, mais ça vous le saviez déjà. » L’homme aux allures de vagabond se permit un petit rire, et Hailey se demanda s’il avait toute sa santé mentale. Mais vieil ermite un peu fou ou pas, il savait visiblement pas mal de choses sur le compte de la jeune femme. Etait-ce un de ces vieux sorciers aborigènes dont parlaient les vieux le soir autour d’un verre au « Sand’s Wombat » ? Il avait la peau burinée, tannée par le soleil, et l’espace d’un instant Hailey vit une peau parcheminée scintiller dans le flou avant de disparaître, présentant à nouveau un visage quasiment lisse et dépourvu de signes particuliers.
«D’ailleurs.. » Il reprit la parole, du ton primesautier de quelqu’un qui aborde la météo du jour. « Je me suis permis de réveiller un peu plus votre don, en vous touchant tout à l’heure. Disons que c’est mon don à moi. » Il se fendit d’un sourire malicieux. « Je vis ici, et partout, depuis toujours, aussi loin que remontent mes souvenirs. Vous rencontrer fut un évènement intéressant, je dois dire… » Il se leva tranquillement, et rabattit à nouveau sa capuche sur son visage.
Hailey, elle, le fixait d’un regard perplexe.
« Mais qui êtes-vous ?!? »

« Je vous l’ai déjà dit, je suis Materio. Le vagabond, l’ermite, celui qui va là où le conduisent ses pas, qui communie avec la nature et tutti quanti. Mais là, il faut que j’y aille. Kilkoo a faim. » D’un geste négligeant, il épousseta son austère manteau et commença à s’éloigner. « J’ai jeté un œil à « Tornado », vous n’aurez aucune peine à le faire redémarrer. » L’homme lui adressa un clin d’œil.

« Hey, vous n’allez pas me laisser là ! Vous pourriez au moins me laisser un lézard séché, ou je ne sais pas ce que vous mangez vous, les ermites… »

« Un lézard ? » Etonné, Materio fouilla dans ses poches et en extirpa un petit reptile visiblement séché qu’il jeta à Hailey. Puis, sourd aux appels de la jeune femme, le singulier mutant continua son chemin jusqu’à, progressivement, s’estomper aux yeux d’Hailey, comme le mirage du plus étrange des rêves. Pensive, Hailey jeta un air dégoûté à son lézard séché et se leva, se dirigeant vers sa moto qu’elle trouva quasiment prête à partir. Et l’homme avait laissé une outre d’eau aux côtés de la monture d’acier. Affamée, Hailey se décida à mordre dans son en-cas rebutant, une grimace de dégoût sur les lèvres. Bon, il allait être temps de repartir... La route, toujours aussi cahoteuse, se présentait déjà à elle…


• • •

Non loin de là, un vieil homme marchait dans le grand bush, un petit koala se rassasiant de feuilles d’eucalyptus fraîchement coupées, installé sur l’épaule du mutant, qui…riait.

« Un lézard séché… Quelle drôle d’idée, hein Kilkoo ? ! » Gloussant, Materio mordit une nouvelle fois dans un des deux sandwichs jambon-beurre qu’il avait emportés avec lui.

Dans le grand bush australien, il y a un homme qui parle à un koala...



[Bonus à celui ou celle qui aura décelé la référence cinématographique grosse comme une maison qui se cache en ces lignes Razz ]
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