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 Le départ d'une fille, les pensées d'un père

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MessageSujet: Le départ d'une fille, les pensées d'un père   Dim 29 Avr - 16:44

Le major Henry Jacob Daniels se passa une main fatiguée sur le visage.

-Tu …quoi déjà? reprit-il, lentement, comme pour s’assurer de la signification de chacun des mots qu’il venait d’entendre. Même s’il savait déjà la réponse… Las, le colonel se cala la main sous le menton, attendant la suite.
Agé de cinquante-quatre ans, Henry Daniels était encore fort bel homme, et n’avait rien perdu du physique de sa jeunesse, si ce n’était des tempes grisonnantes dans une chevelure de jais et des rides d’expression de plus en pus nombreux aux coins d’yeux plutôt fatigués. Fatigués, mais toujours alerte ; le bleu vert qui y luisait doucement témoignait d’une force tranquille qui avait gagné en sagesse avec les années. Soupirant, le major se passa l’autre main dans une barbe désormais poivre et sel avant de s’emparer à nouveau d’un verre de scotch dont il but une rapide gorgée. Croisant son reflet dans le miroir au cadre ouvragé que Mary, sa femme, avait accroché au-dessus de la commode ancienne du petit salon, Daniels ne put s’empêcher de remarque que le col de son uniforme d’officier du corps d’armée australien était froissé. Qu’à cela ne tienne, après tout il venait de rentrer chez lui, en permission, et il avait d’autres chats à fouetter… Du moins tant que Mary ne se sera pas aperçue de ce drame vestimentaire…
En parlant de chats à fouetter, le major ramena son intérêt sur celui qui se trouvait debout face à lui, au chambranle du salon des Daniels. Un salon plutôt cossu pour une époque si tourmentée, surtout en Australie. Comme quoi, le privilège de l’officier supérieur avait encore du bon, pensa Daniels en souriant malgré lui, mi-figue mi-raisin.

-Je pars papa.

La réponse à sa question le tira de ses pensées, et il fixa la jolie jeune femme qui lui faisait face dans un air manifeste de défi filial qu’il avait depuis peu appris à connaître chez sa fille.
Sa fille qui était devenue, quoiqu’il ait pu y faire, une femme, qui se tenait droite et fière devant lui, superbe dans sa tenue simple et pourtant si élégante. Elle n’était pas la fille de son père pour rien, se surprit à penser le major tandis qu’il admirait la prunelle-de-ses-vieux-jours. Après tout, un père pouvait-il voir sa fille autrement qu’éblouissante ? Même si, à vrai dire, Henry aurait préféré garder la vision d’une petite fille à nattes qui se mettait sans arrêt dans ses jambes lorsqu’il était à la maison.
Ma fois, on ne pouvait rien contre le temps qui passe… Profitant de cet éclat de philosophie, Daniels se resservit lentement un verre de scotch, les yeux fixés sur sa progéniture. Après tout, elle avait bien réussi ; très bien même ! Plus qu’intelligente, elle avait profité des meilleurs cursus, des meilleurs professeurs et on ne pouvait pas dire qu’elle avait eu un cadre de vie difficile, comparé à nombres d’autres jeunes filles en Océanie.
Et voilà qu’elle voulait partir, rompre avec la vie brillante toute tracée qu’on lui avait prédestinée…
Au fond, il ne pouvait pas lui en vouloir ; il avait toujours su que la soif de liberté s’abattrait un jour sur sa fille. Il aurait simplement aimé qu’elle attende oh disons…sa retraite pour lui tenir pareil discours. M’enfin, on faisait avec les enfants que le ciel nous avait donné, difficile de faire autrement…

-Papa tu m’écoutes ? le ton vexé d’Hailey Summer Daniels tira à nouveau son père de ses réflexions. Celui-ci se composa un air tranquille, quoique vaguement déconfit pour faire bonne figure. Cherchant sa pipe d’une main, il la bourra tranquillement de l’autre une fois l’objet trouvé et il l’alluma promptement, poussant un soupir manifeste de plaisir après en avoir tiré la première bouffée.

-Bien sûr que je t’écoute ma chérie. Que pourrais-je faire d’autre ?

Agacée une fois de plus par la manière doucement sarcastique qu’avait son père de répondre, Hailey tapa nerveusement du pied sur le sol en roulant des yeux.

-Papa…

Esquissant un sourire, Daniels chassa l’énervement de sa fille d’une main:
-Excuse moi Hailey… Tu connais ton vieux père… Que dit ta mère ?
-Elle a levé les yeux au ciel et elle partie faire votre lit. Tu la connais, quand elle est contrariée, il faut qu’elle fasse quelque chose, quitte à le défaire avant…

Cette fois, Henry ne put cacher le grand sourire qui éclaira son visage lorsqu’il vit à son tour sa fille…lever les yeux au ciel dans une attitude toute à fait héritée de Mary. Avec deux femmes pareilles à ses côtés, le major ne savait jamais s’il devait s’en plaindre ou s’en féliciter… Dans le doute, il optait joyeusement pour savant mélange des deux.
Et voilà que sa petite fille –non, sa petite fille qui était devenue une femme- allait partir, quitter le cocon familial. Intérieurement, le major se demanda si les parents ne s’en remettaient jamais totalement…

-Alors c’est décidé.
Daniels se cala plus profondément dans son confortable fauteuil de cuir. Tu pars. Erik est au courant ?
-Il ma aidé à planifier mon itinéraire papa…
-Evidemment. Vous n’avez jamais été aussi proches depuis que vous vous êtes séparés… Enfin bref, je suppose que même les suppliques d’un père ne pourront retenir sa fille éternellement.
-Papa, tu ne m’as pas encore suppliée…
-Et je n’ai aucune intention de le faire. J’ai un standing d’officier dur et juste à conserver! Et accessoirement, j'ai ma dignité...
Adressant un clin d’œil typiquement paternel à sa fille, Henry porta à nouveau la pipe à ses lèvres. Même avachi dans un fauteuil, il émanait de l’officier une prestance qui en faisait que s’étendre avec l’âge.

-Et tu pars quand ?


Hailey se dandina sur place, et jeta un œil gêné à la grande horloge en bois ancien qui trônait dans un coin de la pièce.
-Dans quelques minutes en fait… J’ai un avion dans une heure.
-Ah, bien…
Alors c’était le moment ; celui du départ…
-Je ne vais pas te retenir plus longtemps alors. Fais ce que tu as à faire…
-« …mais ne viens pas le regretter ensuite ». La devise des Daniels, n’est-ce pas cher père ?

Henry répondit par un chaleureux sourire empreint de fierté à celui que lui avait décoché Hailey.

-La devise des Daniels. Je vois que tu n’as pas tout oublié.
-Tu pourras…dire au revoir à maman pour moi ?
-Ne t’inquiète pas. Elle finira par s’y faire. Il a toujours bien fallu avec toi, n’est-ce pas ma chère fille ?
-Papa… S’autorisant un soupir faussement contrarié, Hailey s’avança vers le major, son casque de moto sous le bras, et plaqua un baiser sur la joue broussailleuse de son père. Elle était plus émue qu’elle ne voulait le montrer, et elle se dépêcha de reculer, se dirigeant vers le hall d’entrée. Maruk, le vieux chien des Daniels, apparut sur ces entrefaites, conscient du fait qu’il se passait quelque chose. S’agenouillant, Hailey enfouit son visage dans le poil clair de son compagnon canin, qui réagit en battant joyeusement de la queue sur le tapis.

-Prends soin d’eux mon grand. On se revoit bientôt hein ?
se relevant, Hailey se passa une main dans les cheveux et regarda une nouvelle fois son père, qui semblait lever son verre à sa santé.

-Ne regrette rien Hailey. Prends soin de toi.

Hochant la tête sur ces mots, la jeune femme caressa Maruk une dernière fois avant de franchir le seuil de la maison des Daniels.
Quelques minutes plus tard, le moteur de la moto signala son démarrage ; la tête de Maruk sur les genoux, le major Henry Jacob Daniels entendit le bruit de l’engin s’éloigner de plus en plus avant de s’éteindre pour de bon.

Elle était partie.

Grattant distraitement Maruk derrière les oreilles, Daniels contempla un instant son verre de scotch à demi vide. Puis, posant sa pipe, il le remplit à nouveau. Hailey partie, il allait devoir se confronter à Mary à ce sujet…et à dire vrai, il n’avait pas envie de s’y frotter la gorge sèche…

-Bon sang, les femmes… Hein Maruk?

Pour toute réponse, le chien se contenta de remuer plus fort la queue; il avait envie d'un biscuit...
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